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"La musique creuse le ciel" Pv.

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Mardy Bum
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MessageSujet: "La musique creuse le ciel" Pv. Ven 16 Nov - 18:40


"J'en ai assez de me balancer sous ma potence."

Il faut savoir oublier.

Je crois avoir compris pourquoi les hommes avaient peur du feu. C’est un élément qui, pour vivre, doit détruire. Il consume la vie pour danser sur les corps. C’est ça qui doit faire peur à l’homme. Il n’a pas peur de la vie dans les yeux de cette flamme qui crépite mais de sa façon de vivre. Le feu est marginal, on pourrait envisager de l’étiqueté de meurtrier. Mais comme la nature de l’homme est de massacrer pour manger, la nature du feu est de détruire pour survivre. Est-ce un crime de vouloir survivre ? On voudrait tous s’élever un peu plus haut pour voir l’horizon, limite de nos libertés. Je crois que le feu veut lui aussi voir l’horizon brûler. Cette limite qu’on ne peut franchir, on aimerait tous la voir brûler, on espère tous voir ce sillon, notre prison, disparaitre. C’est pour ça qu’on aime voir le soleil se coucher, c’est quand il brûle l’horizon que nait l’espoir de s’échapper. C’est pour ça que dieu n’est pas. Si dieu créait une prison telle que la terre, n’aurait alors pas existé le dessein de s’évader. Je crois que c’est l’homme qui s’est créé une prison, puis a dû se justifier auprès de ses descendants. Ce n’est pas une prison mon enfant, mais le salut de dieu. Subi en silence et tu trouveras le repos éternel à la droite du seigneur. Et peut-être que le feu arriverait à détruire cette prison, cet « havre de paix ». C’est pour ça que l’homme en a peur, peut-être qu’il se sent en sécurité, ici entouré de limites. Protégé de l’extérieur, il refuse la proposition du feu sifflant à l’escapade. Peut-être qu’on a simplement peur de prendre la responsabilité de croquer dans cette pomme pourtant si délicieuse.

Le feu laissant alors le droit au soleil de brûler nos remparts, s’empare de nos biens et détruits ce qui nous appartient. Il est peut-être furieux, en colère contre l’homme qui refuse de le laisser s’enfuir. Alors peut-être que pour survivre, il détruit. Pour contenir sa colère, il fait disparaitre des continents, des déserts, des océans, des forêts, des caravanes, des chevaux de bois, des boites à musique.
Je passais une main sur ce si beau cheval de bois noir. Il ne restait rien de son pelage de peinture. Les lanières de cuir auxquels se tenaient les enfants peu confiant en l’animal qui trottait dans son manège avaient disparus. Pourtant ces enfants n’avaient rien à craindre, l’animal accroché à une rampe en laiton qui lui traversait la poitrine n’était pas libre de ses mouvements, il n’aurait pu faire mal à l’enfant. Il n’aurait pas voulu. J’auscultais ma main noir de suie. En caressant ce cheval qui ne bougerait plus jamais, une part de sa souffrance s’était calquée sur ma main. Mais tandis que la sienne sera irréversible, j’essuyais la mienne d’un simple coup de main sur mon jean trop grand que j’avais découpé en short. Je n’avais pas le temps de compatir pour un cheval de bois. Je revins sur le bord du carrousel et d’un bond, je sautais dans la poussière scellée à la terre ferme. Cette fois-ci je ne regardais pas l’horizon s’embraser mais les vestiges qui accusaient la seule chose dont était coupable le prisonnier : survivre.

Je continuais d’avancer à travers les anciens manèges, anciennes caravanes, anciens stands. Ancien, antique, périmé, dépassé. Cette foire oubliée aux yeux des autres comme d’un mauvais souvenir. Et moi, je me promenais dans ce souvenir d’un autre, un mégot de cigarette aux lèvres. Mes cheveux tombaient sur mes épaules, ils avaient poussés et moi je ne les coupais pas. Prendre soin de mes cheveux alors que je ne prenais pas soin de mon état mental… Je n’étais pas maquillée, pas même coiffée. Le retour à la nature pour voir les débris d’Eden, j’aimais tant l’ironie.
J’avais envie de fuir. Sécher le diner était dans mon habitude. Ce soir Wyatt était avec Pan, ce garçon un peu con qui me reprochait de ne pas sourire assez. S’il n’était pas ami avec Wyatt et Sélène, je le mépriserais ouvertement. Mais pour le bien de ceux qui le supporte, je restais taciturne face à son arriération.
Mon ventre ne criait pas famine. Je n’entendais que mon désir de liberté qui me demandait sa dose quotidienne de rêve. Alors je m’assis sur ce qui semblait être une cabine de la grande roue qui ne tenait plus debout. Je sortais une petite boite métallique que j’ouvrais et de mes doigts fins, j’en écrasais le contenu pour en faire de la poussière. Une poussière qui promettait mieux que les cendres par terre. Je posais mon mégot de cigarette depuis longtemps éteint qui était resté entre mes dents de peur de remettre le feu à ce village fantôme. On ne sait jamais. Le passé d’un lieu influençait les précautions que l’on prenait. Si j’avais été au parc, j’aurais jeté le mégot par terre sans doléance. Je posais le joint entre mes lèvres mais je ne l’allumais pas. Je remettais la boite dans ma poche et je me relevais.

Le ciel était sombre d’un côté et la lune brune commençait à se dévoiler mais j’avais encore mes lunettes de soleil rondes sur le nez. De loin, j’allais parfaitement avec le décor. Mes docs Martens que je n’avais pas lassées, mon short trop grand que je faisais tenir par une ceinture et un-t-shirt que j’avais rentré dans mon short, négligé. Avec mes cheveux détachés dont les mèches n’avaient pas toute l’exacte même longueur et mes lunettes « 60’s » rondes, je ressemblais a un souvenir, un vestige, la nostalgie en moins. Cet endroit était sombre, rempli d’histoires que les grand brûlés auraient aimés contés s’ils avaient le pouvoir de parler. Mais je n’arrivais pas à percevoir cette nostalgie dont certains parlaient. La mélancolie des débris ne m’atteignait pas. C’était parce que je n’avais pas encore vu dans les yeux de quelqu’un qui saisissait la souffrance et l’histoire de ce lieu.

Le tube de rêve que réclamait mon esprit n’avait pas encore été consumé par les flammes. En ce soir d’automne, je n’avais plus l’espoir de passer outre la limite de dieu, ni d’entendre les rire des enfants qui faisaient vivre ce lieu. Une légende disait que si le lieu est mort, ce n’était pas à cause des flammes de l’incendie mais parce que ce soir-là, les rires des enfants étaient substitués par des sanglots. Alors, sans les résonnances du bonheur dans ces rires, le lieu s’est écroulé. Ce n’était qu’une légende.
J’étais désabusée. Rien ne me touchait de ce monde, et tandis que je marchais sur des semblants de mémoire, à travers le noir, trace du feu et le silence, marque du désespoir, j’étais difficilement attendri. J’allais allumer ce tube qui devenait une obsession quand un bruit attira mon attention. Je venais de cogner dans une boite. J’avais cogné dans beaucoup de choses depuis mon arrivée sur ces terres oubliés mais d’aucune n’avait jailli un son. Celle-ci avait articulé une plainte aiguë. J'ai baissé les yeux, cette chose était sans doute en meilleur état que le reste de la foire. Je m’accroupis et de ma manche de t-shirt, frotta sur le bois noirci de la boite. En dessous de la suie étaient restés accrochés des morceaux de peinture. Dans son prolongement, trois roues devaient tenir ce boitier lorsqu’il se tenait droit. Une des roues avait disparues, c’était une boite à musique victime de son handicap. Quelque part, une certaine colère régnait autour de cette boite. Pourquoi n’as-tu pas chantée, boite ? C’aurait peut-être pu remplacer les rires disparus et la foire aurait-pu tenir debout. Je remis mon briquet dans ma poche et de mes deux mains j’essayais de redresser la boite. Celle-ci émit quelques notes, une plainte craintive, elle n’était que blessée, elle n’était pas encore morte. Quelle souffrance ressent-on lorsqu’on est le seul survivant au milieu d’un silencieux chaos ? J’aurais voulu lui demander mais comme le cheval tout à l’heure, elle se tut. Je reniais l’idée de la soulever et je me relevais en penchant légèrement la tête. Une sérénité régnait dans mon esprit, la musique silencieuse de cette boite me semblait bien plus triste que la mort des chevaux de bois mais je n’étais abattu par cette souffrance. C’était pénible de toujours devoir souffrir pour tout le monde et pour toute chose. J’estimais avoir déjà assez souffert pour le reste du monde. Si j’en avais eu le courage, j’aurais passé mon joint à cette boite à musique ; la meilleure façon de rêver est quand le bonheur s’avale et qu’il rentre à l’intérieur de toi plutôt que d’attendre qu’il en sorte naturellement. Mais j’aurais étonnée de voir cette machine apprécier la drogue. Je levais les yeux vers le ciel qui semblait couler au loin là-bas. Peu à peu, lentement, le noir prenait sur le bleu. Je devrais rentrer si je voulais ensuite retrouver mon chemin. Et sinon ? Si je voulais me perdre, m’oublier, je devrais aller où ? J’enjambais la belle machinerie qui autrefois livrait du rêve pour continuer ma route vers nulle part, là où je pourrais rêver autrement qu’avec un peu de mort lente.


« Que faut-il, je n’en sais rien, pour qu’à la fin tu partes libre et sans chagrin vers le grand vide de cendres. »



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MessageSujet: Re: "La musique creuse le ciel" Pv. Dim 25 Nov - 1:01





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L'évènement n'est qu'une brèche dans le temps. Un laps irréel, comme un mauvais rêve dont on ne se réveille pas avant de constater les pertes, les débris. Alors, tout semble givré dans un déni d'acceptation. A l'inverse du feu, Liam s'était contenté du gel qu'avaient provoqué les flammes en lui: la foire brûle encore devant ses yeux, mais il ne se rappelle pas l'avoir vue complètement à terre.
Il est sans doute temps de tirer un trait sur ces constructions féeriques, cette vie qui avait si bien redémarré. Il était temps de voir la réalité telle qu'elle était: effondrée. Il était temps de confronter les vieux démons, n'est-ce pas? La nostalgie. La perte. La peine. La peur. Le doute.

Liam pose ses pieds au sol presque silencieusement, l'un devant l'autre, dans une sorte de marche funèbre. Les yeux rivés sur ses mains, ses doigts se mêlent comme nerveusement. Il ré-ajuste ses bijoux, observe les rayures et les éclats du temps sur l'étain et l'argent, sur les pierreries qu'il connait déjà par coeur, accrochées là à ses phalanges.
Mais en vérité ce n'est pas ce qu'il regarde. Ses yeux s'attardent sur un sol jonché de ruines. De morceaux dont il connait parfaitement l'origine. Certains sont méconnaissables, d'autres épargnés par les flammes au détriment de pancartes blessées et de machines éventrées, rongées de suie et de cendres... De cendres. La terre en est étouffée. Ses pieds soulèvent des nuages, chaque fois.
Ses yeux s'attardent sur un éclat coloré, là. Il s'abaisse; son manteau traîne dans la poussière. Il souffle, attrape une plume coincée entre les restes d'un chapeau féminin carbonisé. Et comme il le peut, comme au moins à ses yeux cela est possible, il observe un oisillon de feu naître de cette plume. Des nuées noires viennent flammèches orangées, définissent un plumage couleur rubis et un bec d'or, deux yeux fiers, et une paire de grandes ailes, pour sa taille de quelques centimètres. L'illusionniste lâche la plume, le phoenix s'envole. Les couleurs s'affadissent, et le tout n'a qu'à peine bougé...
Et lui qui croyait naïvement qu'un seul de ses petits tours feraient reprendre vie à la fête, aux lumières, aux décors, aux rires...

Un bruit, lointain, attira son attention. Il l'interpella, semblant être le seul au-dessus de la brise et des gémissements de la grande roue désossée. Un tintement métallique blessé qu'il pourrait reconnaître entre mille. Liam relève la tête, ses yeux soudainement affolés à la recherche de ce dernier cri d'agonie. Il se relève, prenant instinctivement le chemin qui le mènerait à Son objet.
Et alors que ses pas le menaient vers ses souvenirs, il se demandait si le vent avait pu frapper assez fort dans la boîte pour agiter sa carcasse, ou si sa seule caresse avait su faire vibrer les carillons. Tendre espoir de la trouver intacte, au milieu de rien...

Tendre espoir brisé, sans surprise. Il courrait presque, et ralentit progressivement, sa déception lisible dans un retour à une attitude lasse, perdue. Il contemple le bois sec, cassant, creusé, noué de douleur à cause du baiser du feu. Sa boîte à musique, son outil, sa chose est là, affalée. Il sent ses yeux s'embuer, ses yeux d'enfants qui verraient son bateau en papier couler au fond de la rivière.
Liam ferme les paupières, un instant. Là, debout, instable devant son oeuvre saccagée, il récupère en sa mémoire les moindres morceaux de cette foire dont les sillons lui étaient les plus communs. Il savait quels sentiers il fallait prendre pour trouver le stand de barbe-à-papa, et celui des noix caramélisées. Il savait où se gagnaient les peluches les plus grosses et où les roues de sa boîte nomade risquaient quelques secousses sur les graviers. Il savait l'entrée de la maison hantée et les grilles devant la grande roue, près des ballons gonflés à l'hélium.

Mais comme chez lui, l'âme et les mémoires sont très liées à ce don si particulier, alors les poussières et les cendres semblent s'élever. Dans un bal décalé, elles s'agglutinent sous l'illusoire, se reforment comme un tableau impressionniste sous le pinceau de Liam. Mélange de sensations, de détails si précis et d'autres si larges, dans un certain périmètre, la foire reprend vie sous ses manipulations mentales.
Le jeune homme ouvre les yeux, la tête penchée vers l'arrière. Son chapeau chute, il contemple le ciel brouillé par les hallucinations qu'il s'auto-inflige. Comme un dernier souffle du passé, avant que tout cela ne soit plus qu'un vague puits de souffrance au fond de sa tête. Les rires résonnent encore, la roue tourne, et la musique, l'ivresse reprend en un écho. Ses lèvres s'étirent en un sourire triste alors qu'il se sent vaciller...

Maintenir une telle volonté de réalisme lui fait tourner la tête. Il se baisse à mesure que son voile d'illusion retombe, dans une pluie de poussière pailletée, échantillons éphémères qui se rassemblent sur le sol pour redevenir cendres... Il lui semble avoir ré-entendu les cris arrachants entre deux lancinantes nuées d'étoiles fictives.

Le voilà penché sur sa boîte, après un souffle qui aurait dû la transformer. Mais non... Il discerne vaguement des traces de doigts fraîches dans les cendres déposées sur le bois, et ce ne sont pas les siennes. Liam secoue un peu la tête, se pensant victime de son propre pouvoir. Personne n'est venu ici, hormis lui. Qui d'assez fou débarquerait sur une foire déjà glauque et désormais en ruines charbonneuses?
Le forain relève la tête. A nouveau, il cherche. La source de cette autre anomalie, l'explication de son parcours jusqu'ici. Et il finit par la trouver.

Une silhouette se dessine, à quelques mètres. Il ne l'avait même pas remarquée. Découpée dans des vêtements atypiques que ses yeux peuvent même discerner, elle ne s'était visiblement pas retournée alors qu'il la suivait de près dans sa balade, sans doute pas motivée par les mêmes objectifs. Il fixait les cheveux blonds dans le dos féminin, à mi-chemin entre l'intrigue et l'envie de meurtre. Cette créature n'avait rien à faire ici; elle ne faisait en rien partie de la troupe, il en aurait mit sa main à couper.
Alors, pourquoi était-elle là? Ce qui était certain, c'est qu'elle avait assisté à la reconstruction momentanée de Liam... Peut-être faisait-elle partie de ces personnes spéciales. Vous savez, celles qui ont plus la tête haut dans les nuages et le rêve que les pieds doucement en contact avec le sol? Il aurait aimé qu'elle soit de ceux-là. Il aurait voulu se redresser et d'un pas assuré, venir à sa rencontre. Mais il ne pouvait pas.

Le jeune homme se contenta d'attraper sa boîte à musique qui jeta un nouvel appel plaintif, et sembla la serrer contre lui, l'entourant de ses bras, comme pour récupérer la part d'âme qu'il avait laissée à l'intérieur.

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MessageSujet: Re: "La musique creuse le ciel" Pv. Dim 25 Nov - 16:01


"Ils sont tous morts
Au milieu d'un accord."



Ce n'était pas de la destruction. Les cendres n'étaient pas la mort du lieu. Elles étaient simplement une toile vierge sur laquelle on avait oublié d'y peindre les couleurs. Mais la peinture à l'huile se mit à couler et dans ses traces se dessinaient le tableau d'un lieu paisible. De ce tableau émanait les rires des enfants, les cris des forains, les musiques des manèges sur lesquelles dansaient les attractions. Je dû prendre du recul pour mieux me rendre compte du chef-d'oeuvre inattendu. Mais tout cela n'était qu'un chant de sirène. Je ne compris pas tout de suite. Malgré mon pas en arrière, le chant m'hypnotisait. Je ne me rendais pas compte de l'illusion, ce n'était qu'une douce mélodie. Comment croire qu'un rêve était faux lorsqu'on le rêve? A l'instant même, on ne se rend pas compte du "trop beau pour être vrai", on vit, on délecte. Et puis on se réveille. Alors on éteint le mégot et on recommence. Je regardais ce monde qui tournait autour de moi. Il semblait vide, j'avais l'impression d'être seule dans cette foire abandonnée où la foule criait joie.

Je fermais les yeux. J'allumais mon joint. Si cet endroit n'a plus de passé alors il ne m'influençait pas sur l'utilisation de mon briquet. C'est en prenant la première bouffée que je comprenais alors l'incohérence. Mais encore, elle ne me touchait pas. Je ne marchais plus.

Debout, droite, seul mon bras faisait des aller- retour de mon joint à ma bouche. Je ne cherchais pas à comprendre si la toile était belle. Je ne compris pas tout de suite que je n'étais pas l'anomalie. Je me concentrais sur la fumée transpercée par les lumières des manèges. Mais l'instant d'ivresse ne dura qu'un instant.
Ne vous méprenez pas.
L'ivresse n'était pas la foire. Ô combien la foire était belle, elle ne vivait plus. Et Mardy ne ressentait pas le coeur de ce lieu battre, si lumineux et heureux était-il. L'ivresse fut ces paillettes. L'ivresse ne dura qu'un instant.
Le retour à la réalité fut douloureux. Ces cendres, ces débris, cette odeur de brûlé... Ce lieu qui était en léthargie avait revécu un moment et tandis que cette poussière disparaissait, je pu entendre le cri d'effroi et de rage de cette foire. Ce hurlement strident. La peur de mourir, le faux-espoir d'avoir survécu. Je lâchais mon tube involontairement pour me boucher les oreilles du silence épouvantable. J'avais envie de hurler aussi, la géhenne de ce lieu venait de pénétrer mon corps. Les larmes engloutissaient l'intérieur de mes organes, ne voulant se libérer sur mes joues. La douleur pénible me fit fléchir, je sentais l'âme des rires se pendre à moi. Elle ne voulait pas suivre son corps. Mon sang tapait sur mes tempes, le paysage s'effaçait. Je fermais les yeux. Je tremblais.
Réaction excessive?
Bercée par la mélodie des sirènes fourbes, je ne me rendais pas compte qu'un autre marin entendait ces chants aussi. Peut-être même qu'il en était la cause. Mais lorsqu'elles crièrent, alors ce cri transperça mon âme et la réalité n'était plus qu'un vaste terrain de jeu. La torture d'ouvrir les yeux, de sentir les dents des chimères, présage de tempête, mes pupilles ne reflétaient plus que la douleur du lieu, comment n'avais-je pas pu entendre? Comment avais-je pu rester sourde aux pleurs du lieu. Il m'a fallu visualiser la foire en vie pour entendre la douleur de celle-ci?

Je me redressais un peu. Les harpies avaient cessé de déchiquetés ma peau de leurs becs. Le lieu retrouvait son état de terrain vague et moi je retrouvais mes esprits. Le souffle lourd, je relevais la tête pour regarder autour de moi. Rien n'avait bougé.
Ce n'était pas ce que je fumais, jamais l'illusion du bonheur n'avait été aussi clair avec seulement quelques grammes de plantes. Je sentais mon sang circuler dans mon corps et battre sur mes tempes. La douleur avait cessé mais mon corps n'en avait pas oublié la souffrance. Lentement, je me redressais en reprenant mon souffle.
Chants de marins traitres, dans le courage de leurs paroles se cache la tempête, le cri hardent des harpies qui planent au-dessus du navire de l'espoir. Et la houle fait des naufragés. Je me calmais, un léger sourire se dessina sur mes lèvres. La mer avait repris son calme, j'avais réussi à remonter par-dessus bords. Je pouvais à présent reprendre mon chant marin sans guetter le désespoir. Je me mis à siffler une chanson de marin.

Que de marins qui sont partis
Pour leurs courses lointaines.


Il y avait une présence. Un homme. Un marin. Derrière moi, il tenait un autre homme qui était tombé par-dessus bord. A moins que ce soit un objet? je me retournais pour apercevoir l'homme. Il était accroupi sur la boite à musique. C'était un objet, mais un objet doué de paroles. Et pour ne pas avoir conscience de son destin, il était supérieur à l'Homme à ses côtés. Il m'était supérieur.
Pourquoi cette mélancolie dans ses yeux? Une mélancolie qui rendait la souffrance qui avait envahi ma chair futile.

Et que la mer a englouti
Dans sa rage inhumaine.


Je continuais à siffler. Si la boite à musique était muette, il fallait que quelqu'un comble le silence. Le silence rendait la nostalgie maladive. Les paroles me revenaient peu à peu. Je m'approchais lentement de l'homme. J'avais déjà oublié mon zippo et mon joint que j'avais fait tomber dans la violence du choc de la "vie réelle". Les mains le long du corps, je n'étais pas craintive. Peu importe la façon dont il réagirait.

"Où dormez vous, âmes des matelots ?
Vos rêves fous sont morts, trahis par les flots
Où chantez vous, âmes des matelots
Ce chant si doux qui suit mon bateau."


Je murmurais presque les paroles de ce chant. Dans une autre vie, j'aurais pu être pirate. Morte noyée. Cela expliquerait ma peur de l'eau. Mes désirs d'escapades.
J'arrêtais un instant de chanter. Je ramassais son chapeau tombé à terre, levant ma jambe gauche en arrière pour faire équilibre et dans une sorte de danse, je me redressais. Le tenant des deux mains, j'enlevais la poussière du chapeau délicatement en soufflant dessus. Joyeux anniversaire papa. Mais déjà j'oubliais la date d'aujourd'hui.

Je vins m'accroupir à côté de l'inconnu et je posais en silence son chapeau sur ses cheveux bruns. Je baissais ensuite les yeux sur les siens. Des yeux cuivre qui auraient pu passer inaperçu. Pas dans ce lieu désormais noir et blanc. Le soleil avait dépassé la limite de nos prisons, il était temps d'oublier pour mieux se rappeler demain. Dans le noir, je pouvais distinguer ses lèvres fines dépourvu de sourire. Mon sourire s'accentua. Ce n'était pas du sadisme mais la méconnaissance de sa douleur à lui. Je ne connaissais pas ce lieu, ce n'était pour moi qu'un cimetière et je passais parmi des tombes de noms inconnus. Je ressentais maintenant la mélancolie du lieu désormais, mais j'étais dépourvue de nostalgie.

Où sont vos corps déchirés et nus
Que le flot roule en vainqueur
Sur quel récif de nous inconnu
Avez vous brisé vos cœurs
Où dormez vous, âmes des matelots ?
Où pleurez vous quand j'entends vos sanglots ?


L'homme m'intriguait. Tout en lui, non pas seulement par sa façon de s'habiller, disait que sa réalité était tout autre. Ce n'était qu'une intuition mais je suivais mon instinct. Mes yeux ne me trahiraient pas, c'était un inconnu élégant, rempli de charmes. Sa barbe qui avait à peine poussé, ses yeux profonds, son air de chien battu malgré lui. Quelque chose me plaisait mais je ne savais pas exactement quoi. Un mélange d'un tout sans doute.

Moi j'avais perdu l'éclat de mon sourire. Ce n'était plus qu'un sourire inexpressif, silencieux, perdu. Les yeux perdus. Sur la machine à bruit entre autre. J'aurais voulu lui rendre la vie, rien que pour voir l'autre sourire. Je me fis basculer en arrière pour mieux m'installer. Un petit nuage de poussière m'envelopa mais je ne fis pas attention. Mes genoux collés l'un contre l'autre, je regardais mes jambes nues, grises de suies. Mais plutôt que de frotter les peines de la poussière, je fis des dessins avec mon index. Mon coeur battait toujours assez fort, mes mains avaient à peine arrêté de trembler. Sans quitter des yeux ma main qui remuait sur mes jambes, j'ouvris la bouche, faisant alors calter la musique de mon esprit. "Elle chantait quoi ta boite à musique?" Question stupide. Peut-être répondrait-il qu'elle ne chantait pas. Que c'était seulement une boite à musique. Mais il m'aurait déçu. Ce n'était peut-être pas la sienne. A son regard, je prenais les paris. C'était une question que je n'aurais pas posée spontanément, ce n'était pas vraiment de l'empathie mais l'envie de donner à cette boite une vie post-mortem. Je ne l'avais peut-être jamais entendu jouer mais je l'avais entendu se plaindre et cette boite m'intriguait. Et si cet homme si mystérieux s'était penché là-dessus plutôt que sur les centaines d'autres débris de ce lieu, c'est que le hasard ne me donnerait pas tout. Et peut-être que ce n'était pas la boite en bois qui m'intriguait... Peut-être était-ce le propriétaire, le marin. Mais je ne quitterais pas mes jambes des yeux car ceux-ci seraient tentés de me trahir. Un sourire en coin creusait mes fossettes. Je ne cachais pas la sincérité de celui-ci.

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Dernière édition par Mardy Bum le Jeu 3 Jan - 20:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "La musique creuse le ciel" Pv. Dim 25 Nov - 22:16


A pas chassés, puis elle colle ma route à ses pieds.




Tout s'efface, tout s'efface...
Ses bras serrent le bois noircit, il repose sa tête lourde contre une courbure sculptée. Ses yeux se ferment sur cette réalité grise, il voudrait oublier, mais il comprend. Il saisit. Maintenant tout est clair. Ses doigts se crispent, les carillons gigotent sous ses tremblements.
Que fait-on d'une oeuvre inachevée, dites-lui? D'une oeuvre au message puissant sans avoir eu le temps de pousser un seul cri? C'est son futur qui s'émiette, c'est sa stabilité qui prend feu. C'est son ancien-nouveau lui qui part en fumée. Il faut reculer, regarder, recommencer.
C'est comme ça que le présent, devient passé.

Une vague le traverse. L'eau aurait inondé ses yeux si un toucher extérieur ne l'avait pas alerté. Un sifflement... Liam s'extirpa du silence imposé par la boîte déchue. Il ne la regardait pas. Il n'avait pas besoin de la regarder pour savoir que c'était Elle qui émettait ce bruit. Cet air marin, auquel il trouvait un charme fou dans les notes maladroites qui s'échappaient dans l'air. Sensation étrange, sorte de choc. Il écoute, sans un mouvement, les pas se rapprocher dans la poussière et le souffle mélodique les suivre.
Sans un mouvement. Elle passerait, sans un mot, n'est-ce pas? Ce n'était pas lui la raison de sa venue... Ce n'était pas lui. En un instant, il se crut invisible aux yeux du monde. Il aurait aimé l'être, il aurait put l'être. Mais sa peine l'exhibait, à nu.
Elle s'arrêta. Il retint son souffle, comme s'il jouait à cache-cache et priait pour qu'on ne le trouve pas derrière la grande porte d'entrée. Son chapeau se posa sur sa tête. Il retomba même un peu sur ses yeux. Le jeune homme souleva le bord, se re-donnant la vue pour regarder la blonde s'installer près de lui. Elle souriait. Elle le regardait. Elle le lisait.

Il eut peur, d'abord. Il ne bougea pas, surpris. Son visage lui apparut clair et pâle dans la nuit tombante. Cette fissure dans son sourire, et cette sincérité dans ses yeux. Il se redressa, alors qu'elle basculait vers l'arrière.
L'instrument se reposa au sol dans une délicatesse mortuaire. Il frôla des doigts sa vie passée, pour se laisser reposer à son tour dans un nuage poussiéreux.
Elle dessine sur ses jambes frêles, elle tremble, poupée aux cheveux d'or. Elle ne comprend pas, pourtant elle a l'air d'avoir subi l'illusion. Liam voudrait s'excuser, mais il ne parvient pas à parler. Il ne veut pas défaire l'équilibre de ce silence, le lien fragile qu'elle vient d'établir en quelques gestes. Une odeur d'herbe qu'il connait bien l'embrume, une odeur de rêves artificiels. Il sourit, de façon imperceptible. Elle est bien sur Terre par erreur, elle-aussi... Elle ne vient pas d'ici-bas.

"Elle chantait quoi ta boite à musique?"

Innocente porte ouverte à une réponse à laquelle tout et rien pouvait convenir. Lui dire qu'elle chantait la vie, l'amour, la mort, aurait été banal et sans grand intérêt. Il entrouvrit les lèvres. Son souffle tressaillit, il ne sut quoi rétorquer. Mais il devait faire vite, spontané. Il devait saisir sa voix sur l'instant pour la lier à la sienne.

_Elle chantait... Elle chantait mes rêves. Risqua-t-il.

Simple. Efficace. Mais pas assez précis. Quelle valeur pouvait-il bien donner de plus à un morceau de bois ambulant? Comment lui faire comprendre toute la subtilité de sa chose, de ces sons métalliques qui l'animaient? Comment résumer une vie, même courte, d'un être qui n'est perçu qu'objet par le reste du monde?

_On ne m'avait jamais chanté comme ça...

A l'entendre, on croirait qu'il parle d'une femme. D'une muse. Mais non. C'était son outil, sa création, l'élargissement original de sa gamme guitare et voix. C'était l'extension de ce qu'il savait faire, c'était un nouvel horizon sur ses possibilités. C'était la façon de montrer qui il était tout en se cachant derrière la foule. C'était attirer l'oreille, le coeur, d'un passant à la même mélancolie. C'était l'impulsion de ses illusions de spectacle. C'était son identité au sein du groupe, de sa famille.
Mais même si certains paramètres restent, cette époque est révolue. Même s'il est touché, Liam ne se morfond pas. Les larmes sont passées, elles n'ont pas eu le besoin de couler. Il a comprit, d'un seul impact douloureux. Nul besoin de plus...
Elle n'a sans-doute aucune conscience de ces quelques minutes qu'elle vient de vivre, dans la vie du forain. Ces quelques minutes où il était là, abattu, sans illusion de bonheur pour se cacher. Non, elle ne semble pas réaliser ce qu'elle a vu.

«Etincelles mouillées naufrage
Ou le chant désintégré, l'errance
Et le bruit de la page tournée
Puisque c'est la coutume d'après»


Alors, les yeux rivés dans un ciel à l'azur noircit, criblé d'étoiles qui scintillent, plaies du toit du monde, il laisse planer le silence, un léger instant. Sa main plonge dans la poche de son manteau pour en tirer une cigarette, qu'il coince entre ses lèvres. Il tâtonne dans celles de son jean, et en sort une boîte de minuscules allumettes. La flamme jaillit, il inspire, incendiant sa torche empoisonnée. Un léger sourire étire ses lèvres. Doux, apaisé. Mais malicieux.
Il tourne le visage vers elle, alors que les volutes de fumée s'échappent vers la souveraine Nuit.

_Et toi, qu'est ce que tu chantes? Souffle-t-il.

Il pouvait sous-entendre ce sifflement qui l'avait éveillé. Il pouvait prétendre des tas de choses par ces mots, en extension des siens. Il ne savait même pas exactement ce qu'il demandait. Il aurait juste donné ses os pour l'entendre parler encore.


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MessageSujet: Re: "La musique creuse le ciel" Pv. Ven 30 Nov - 0:24


« Ils ont de la chance, dit l’aiguilleur »




Le rêve.

« - Ils n'étaient pas contents, là où ils étaient ?
- On n'est jamais content là où l'on est, dit l'aiguilleur.
Et gronda le tonnerre d'un troisième rapide illuminé. - Ils poursuivent les premiers voyageurs ? demanda le petit prince.
- Ils ne poursuivent rien du tout, dit l'aiguilleur. Ils dorment là-dedans, ou bien ils bâillent. Les enfants seuls écrasent leur nez contre les vitres.
- Les enfants seuls savent ce qu'ils cherchent, fit le petit prince. Ils perdent du temps pour une poupée de chiffons, et elle devient très importante, et si on la leur enlève, ils pleurent...
- Ils ont de la chance, dit l'aiguilleur. »


Je ne compris pas le sens de ses phrases d’abord. Les sons venaient plus vite que les mots. Je me concentrais sur sa voix brisée, rayée, un lecteur vinyle ponctué de défauts donnant le charme de la prononciation. Puis le sens vint se poser dans mes oreilles.

Le rêve. C’était une illusion, le rêve. Une beauté perdue entre nulle part et ici. Je lançais un regard à la boite curieuse. Loin de faire du commérage, cette fois j’aurais bien aimée connaitre ce qu’elle lui chantait. Comprendre ses rêves. Non pas pour comprendre la personne mais par curiosité, « juste pour voir ». Je me demandais à quoi cet intriguant personnage pouvait bien rêver. De somptueux cauchemars de presque-réalité peut-être, un peu comme moi des fois. « On ne m’avait jamais chanté comme ça. » ajouta-t-il. J’eu un spasme dans la joue. Appelle-t-on ça vraiment un sourire ? Quelque part j’enviais cet homme. On ne m’avait jamais chanté. Pas « ainsi », tout court.

Starlight m’avait bien écrit une chanson une fois mais me représentait-elle vraiment ? Quelqu’un qu’on chante par son prénom, c’est qu’on n’a pas de synonymes pour le définir n’est-ce pas ? J’aurais aimé que quelqu’un ou quelque chose me comprenne assez pour pouvoir me chanter.
Je me trouvais dans la musique mais jamais la musique ne me trouvait. Personne ne me trouvait jamais.

J’arrêtais mes dessins. J’arrêtais de scruter le bois vide de l’amante du jeune homme. Je ne respirais presque plus, perdue dans mes pensées. « Et toi, qu’est-ce que tu chantes ? » Ma tête se vidait pour laisser place aux mots.


Qu’est-ce que je chante ? « ...Moi je chante le silence. » Tu sais, ce qui fait qu’on réfléchit, un peu comme maintenant. « ... C’est pas super drôle de combler, c’est pour faire muraille, comme ça on a l’impression d’être tellement plus heureux. Je ne sais pas ce que je chante... » si ce n’est l’absence de bonheur. « De toute évidence c’est pas des chansons tristes. Parce que combler le triste par le triste c’est un peu bête tu ne trouves pas ? » Je souris dans le vide. J’avais parlé sans réfléchir, sans même faire attention. Je pensais tout haut, ne disant que la moitié de ce que je pensais. C’était un peu.... Triste ? « En tout cas, je ne me chante pas. » Ajoutais-je en pensant que je n’aurais pu dire que ça. Il n’en avait pas besoin d’en savoir plus l’inconnu à la cigarette aux ombres du rêve. Je me relevais en soupirant, la suicidaire, en regardant le garçon dans les yeux. C’était étonnant. Je me concentrais sur ses pupilles et non sur sa clope. Je n’en en avais pas envie. J’avais envie de sourire, et puis de vivre aussi.

Vivre ? Qu’est-ce ? Je me souviens vaguement de ce mot, j’ai une fois été en vie. J’ai arrêté de vivre un pistolet sur la tempe même si je ne me suis pas prise cette balle. J’ai arrêté de vivre à ce moment où je l’ai décidé et depuis, je ne vis plus. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même.

« Mon Dieu jusqu'au dernier moment
Avec ce coeur débile et blême
Quand on est l'ombre de soi-même
Comment se pourrait-il comment
Comment se pourrait-il qu'on aime
Ou comment nommer ce tourment »


Mais comme tout, le goût de vivre revient bien un jour. Ca je ne le saurais que plus tard. Pour l’heure j’en avais seulement envie. De ne pas finir comme ces chevaux de bois. Comme ces gens dans les trains. Je voulais rester enfant, arrêter de vivre et soudainement fuir ce monde. Je souris. Un sourire sincère, un véritable sourire, pas ceux qui se dessinaient sur mon visage par politesse. Un sourire qui exprimait... Pas le bonheur. Seulement un semblant d’espoir.

« Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme, l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. »


Une vie sans futur est bien une vie sans espoirs. Mais l’espoir n’était qu’un phénix de plus dans le ciel qui renaissait des cendres. Et j’en étais entourée, de cendres. Je penchais la tête, frottant mes doigts les uns contre les autres pour en enlever la poussière. Le jeune homme devant moi me faisait ressentir la chaleur de cette vie que je n’avais pas ressentie depuis la moitié d’un an. Bien sûr, je ne me leurrais pas. C’était seulement éphémère.

La chaleur, je ne la ressentais pas. Le fer n’était que du bois lisse pour ma peau comme l’eau n’était que de l’air plus lourd (Cf. Tiny et Max). Tout avait la même température : celle que je simulais. Ou alors il n’en avait pas. Comme si ma main absorbait les sources de chaleur. La seule chose que je ressentais, c’était bien cette si douce chaleur humaine. Pas que j’avais froid. Mais il ne faut pas avoir faim pour croquer dans une pomme les premiers jours de printemps comme il ne faut pas avoir froid pour vouloir avoir chaud. C’est pourquoi j’étais si tactile, ressentir cette lumière qui émanait des corps que je ne pouvais totalement simuler. C’était si agréable. Et lorsque Wyatt me prêtait ses pulls, parfois sa chaleur restait un peu sur la laine des coutures.

Je baissais les yeux sur les multiples bijoux du garçon. Sur le peu de tatouages que j’arrivais à voir, sur sa tenue et sur tout ce qui le désignait. Le garçon désignait un tout, une personne, quelqu’un. Je passais ma main sur mon unique tatouage logé sur mon cou. Ce corbeau qui ne s’envolerait jamais, prisonnier de la fatalité. Pour la première, et sans doute pour l’unique fois, j’aurais voulu qu’il s’envole qu’il m’oubli. Je relançais un sourire au garçon plus neutre cette fois. Les secondes semblaient être des heures mais la scène ne durerait que quelques minutes. Peut-être la drogue ralentissait le tic-tac instinctif des aiguilles du diable. Une si belle valse à deux temps. Je lançais un regard dans l’obscurité, sans levé les yeux vers le ciel seulement sur les objets noirs qui se détachait des ténèbres de la nuit. Désolation rongeait le lieu. Je reposais les yeux du jeune homme et je me rapprochais un peu de lui. Il était bien le seul vivant ici. Et sa tristesse me rassurait comme s’il n’y avait que ceux qui vivaient qui pouvait pleurer. Je ne m’étais pas rendu compte de la proximité. « T’as pas peur du noir ? » souffla-t-elle en rigolant, sentant presque son souffle chaud sur son visage. Je passais une main sur son bras lentement. Ce n’était pas vulgaire. C’était ma façon d’être. Une aveugle cherchant dans le noir l’unique source de chaleur.



« Doing something with the public in mind is doing something without your own mind.
A man's true character comes out when he's drunk.
The roses you lifted to your lips ... lucky roses! »


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Dernière édition par Mardy Bum le Jeu 3 Jan - 20:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "La musique creuse le ciel" Pv. Mer 12 Déc - 21:58


Le courage est sous mes cheveux,
près de tes yeux qui me reviennent.



Quel doux paradoxe. Chanter le silence. Liam pose ses yeux sur elle, intrigué. Il détaille chaque air de son visage, à mesure qu’elle parle. Il déferle sur son nez, rehaussé de lunettes rondes qui semblent venir d’une époque différente. Il observe ses cheveux clairs, ébouriffés, tombant sur le creux de ses clavicules dévoilé par ce T-shirt trop grand. Elle conclut.
Un retour à ce qu’il venait de dire. Ses propos à elle suintaient une tristesse tue. Il sembla troublé, les mots prenant lentement leur sens, et son analyse s’établissant rapidement. Peut être qu’il se trompait. Mais peut-être pas. Il se fait confiance, et se laisse dire que cette personne n’a pas l’air de sortir de la vie la plus facile. Il ne sait pas. Il ne la connait pas. Pourtant, il la ressent.
Cette neutralité froide qui cache des brûlures sanglantes, ce jeu, ce rôle. Quelle actrice. Mais cacher quelque chose par son exact opposé, même si cela peut s’avérer ingénieux, devient vite inutile et repérable. Il esquisse un sourire. Furtif, comme crayonné sur l’instant. A peine perceptible. Et ses yeux bruns croisent les siens.

La blonde se relève. Ses jambes la soutiennent, mais elle lui semble dans un équilibre fragile. Sous la nuit noire, sa peau est comme brillante malgré la poussière. D’un éclat blanc laiteux aux reflets bleutés. Elle s’en va ? Il sentit un sursaut dans sa poitrine. Pas déjà. Quelques secondes, l’hésitation qui fait trembler ses genoux. Liam se redresse, balayant une traînée de poussière avec un pan de son manteau, sa cigarette fumante dans la bouche. Il appuie doucement une main sur son chapeau, et jette un rapide regard sur la jeune femme, légèrement un peu plus haut qu’elle. Il est rassuré qu’elle soit toujours là, mais n’en laisse rien paraître.
Il ne parle plus, non plus. Son chapeau ombrage son front et son regard, désormais moins exposé à la Lune. Pourtant, ses yeux ne la quittent pas. Elle s’approche.
N’est-ce pas lorsqu’il fait nuit noire sur le monde et au milieu du désespoir que les gens se découvrent ? Il la sent réticente, loin et pourtant si près… Son corps n’est qu’à quelques centimètres, là. Une fine ligne d’air, d’atmosphère les sépare.

Et elle la franchit. Ses doigts fins grimpent sur son épaule, curieux. Comme si elle le cherchait à tâtons. Un sourire lui fend le visage, il glisse la cigarette entre ses doigts, laissant une volute de fumée tâcher le ciel. Liam s’attendait à une quelconque chaleur humaine, mais, non. Seul le toucher, dans sa pureté sensible, l’atteignait. Il ne se posa même pas la question du pourquoi.
L’hypnose ne s’attarde pas sur des raisons ; elle va à l’essentiel. Elle démêle les faits. Elle analyse, paralysée dans son obsession, le toucher de la demoiselle. Et c’est ce qu’il subit, silencieusement.

« T’as pas peur du noir ? »

Fait-elle, avec un rire, accompagnant son geste. Il se laisse pivoter lentement, raccourcissant la distance qui les éloigne, encore. Dans une douceur qui lui est rare, parce que sincère. C’est une approche sans perversité, sans unique besoin de toucher mais de La toucher. Ou plutôt l’envie de cet équilibre ambigu qui fait vibrer le sang dans les veines.

_Drôle de question pour quelqu’un qui sort au Crépuscule…
Il tire une bouffée sur sa cigarette. Je n’ai pas peur. Après tout, ce n’est que l’absence de lumière qui attend qu’elle reparaisse. Ce n’est qu’un repos, la langueur calme et presque mortuaire avant la résurrection. La fumée s’envole. Alors, c’est le noir qui meurt.

Elle le prendrait peut-être pour un fou. Peut-être pour un détraqué qui personnifie et sentimentalise n’importe quel phénomène. Et finalement, c’est un peu ce qu’il est… Il soupire légèrement, jetant un regard au ciel, tournant son visage qui s’éclaircit alors, pâle. La brise passe, secouant un peu ses cheveux. Il retient son chapeau, jette le mégot sous son pied. Et ses yeux reviennent dans les siens.
Il s’est vu, quelques secondes, passer sa main sur sa joue, les doigts sinuant de sa tempe à ses cheveux, venir frôler ses lèvres en un souffle. Il imagine, et comme il imagine, la sensation d’adrénaline et d’ivresse, d’envie, submerge la blonde. Il sent son illusion se tisser presque malgré lui, mais ne la retient pas. Il aurait sûrement rougit, tout gamin qu’il est, de gêne au dévoilement de ses caprices. Mais non.
Son regard reste plongé dans ces yeux verts teintés d’un bleu nocturne.

En cet instant, il n’a besoin de rien. Ni de clope, ni de joint, ni d’eau, ni des autres, ni même des lutins qui trottent dans sa tête à ses heures perdues. Il oublie. A la place, il contemple. Comme elle est belle, cette blonde. Comme son air nonchalant la rend spéciale. Comme elle est différente, et sensible. Comme elle l’approche sans peur, sans pitié, sans admiration faussée. Sa sincérité le transcende, sur l’instant.
Il se sent vivant, dans le présent. Ni le passé ni le futur ne semblent l’affecter. Il n’y a qu’elle. Sans la connaître, il lui semble la savoir déjà. Il lui semble pouvoir être franc et sans barrière. Etrange envie que d’être proche à ce point d’un autre être humain.
Liam ne sait pas ce qu’est ce sentiment. Et il ne veut pas le savoir. Poser des mots sur des sensations les rend banales, mensonges codés par la vie en société. Le langage dénature un nombre de choses incalculable…
Mais cette approche est pure. Sauvage, indomptable. D’une tendresse candide subtile, à la fois. Paradoxal...

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MessageSujet: Re: "La musique creuse le ciel" Pv. Lun 24 Déc - 1:55


"Qu’est-ce que j’ai fait du gosse crédule..."




Je voulais savoir si tu danses au premier rendez-vous, c’est tout. Aucune originalité celle-là. Oui non mais dès que j'écoute cette chanson là, et pas n'importe laquelle, juste celle-là, je pense à Liam... Et puis Soan: LA référence. Voilà.


Le noir emportait tout le réel. Il cachait ce que je détestais le plus et dans la nuit, les miroirs ne reflétaient que du vide. Mais ce soir, j’aurais voulu une bougie. Pour éclairer les traits du jeune homme si près de moi. De la flamme, j’en aurais appris les détails et de la cire, forgé un souvenir. Ma main sur mon épaule, j’avais besoin de contempler davantage. J’aurais voulu passer mes doigts sur sa clavicule, sur son cou, caressant sa barbe naissante, sentant chaque trait de son visage imparfait. Sous ma peau, apprendre par cœur ses contours, esquiver ses yeux ouverts, qu’ils restent à jamais dans mon esprit, que lorsque je ferme les yeux, je les vois dans leurs négligences masqués par l’ombre de son haut de forme. J’aurais glissée mes mains jusque l’une de ses oreilles et j’aurais initiée mes lèvres aux siennes.
Ce désir d’apprendre, ce caprice instinctif. Il fit trembler mon corps en un instant. Mais ma main était restée sur son épaule et mes lèvres s’étaient contentées de son souffle. Je me sentais si vivante, proche de ses bras. L’inconnu du soir, que je ne reverrais peut-être jamais et qui obsédait mes pensées rien qu’en imaginant ce que le crépuscule cachait. Le fruit de l’imagination et pourtant. J’avais l’impression de le connaitre. Son visage. Son corps et sa chaleur. Ses battements de cœur qui retentissait sous ma main, ils me parlaient d’un langage que je ne voulais pas traduire, trop occupée à explorer la lumière de ses yeux.
J’étais fascinée.

C’est alors qu’il commit une grave erreur. Il ouvrit la bouche pour parler. Et soudainement, j’oubliais son portrait pour me concentrer sur ce son brisé et maladroit. Je me mordis la lèvre inférieure, essayant d’écouter ce que me disaient ces mots pour pouvoir répondre. Sa voix me berçait et je n’entendais plus rien que le vent qui transportait les sons mélodieux. La fumée qui sortait de sa bouche effaçait les traits de son visage.
Je ne voulais pas de nicotine, mon sang ne me demandait pas de le droguer une fois de plus. Il ne réclamait rien d’autre que ce que j’avais ressenti lorsque la foire riait encore et c’est en l’entendant prononcer ses mots si proches de moi que je compris qu’il était responsable de cette illusion de bonheur que je pouvais réciter sans la définir par des mots. Et mon muscle qui battait dans le rythme des aiguilles d’une montre chantait encore cette sensation. Ou peut-être... Peut-être était-ce une toute autre sensation, celle de cet homme que je ne connaissais pas. Il n’avait aucune identité et j’avais baissé ma garde. Paradoxe. Ma garde était comme un étalon sauvage, un mirage. Corde dans la main, on essayait en vain de le capturer, l’apprivoiser. Mais jamais on ne peut l’approcher. Et cet homme avait fait bien plus que de le capturer. Il s’était assis au milieu du champ, peut-être n’avait-il même pas remarqué le cheval au pelage noir loin de lui. Mais lui l’avait remarqué et, attendrit par la tristesse de l’homme sur sa boite à musique, le cheval l’avait approché. Et l’homme a pu toucher l’animal. Et le mirage disparu. Ma garde disparu.

Je fronçais légèrement les sourcils dans l’opacité du noir. Cette étrange confiance que j’avais près de lui, cet aveuglement sourd qui me hurlait de faire un pas en arrière mais que je n’entendais pas. Cette spontanéité, j’en avais des frissons. Tout ça en quelques mots et une caresse sur le bras. Rien n’était plus normal, je ne me posais plus de question. La sensation d’envie, d’ivresse parcourait continuellement mon corps. Je n’aurais pas pu savoir qu’elle était due à l’illusionniste. Il n’aurait pu savoir que même sans l’illusion, l’envie aurait pénétré mon âme. Elle l’avait fait avant que l’illusion ne prenne la relève. Sans bouger, mon corps était théâtre d’un combat intérieur. Il la fixait, elle se sentait cernée, totalement prise au piège. Je caressais doucement son bras, sans trop le remarquer, que ma main bougeait. Je souris. J'avais envie de sourire. Pour une fois.

« Il n’y a rien de calme dans le noir. » Chaque mots avaient été articulés, prononcés comme une récitation, un poème. Il y avait des milliers de chansons, des milliers de textes, des milliers de poèmes cachés dans ces mots. Aussi certainement une allusion ou deux. Mes lèvres qui dissimulaient mes dents s’entrouvrirent pour élargir cette fissure sur mes joues. Un sourire tout aussi sincère que la lumière de mes yeux. Timidement, hésitante, lentement, ma main trouva son chemin, sur son cou puis sur sa joue. Je m’arrêtais là, pas assez culoté pour oser toucher ses lèvres de mes doigts. Je découvrais alors sa peau par un sens plus imprégnant que la vue. Et sans bouger, je mémorisais. Doucement, je laissais passer dans son corps un frisson, très léger, à peine perceptible.

Dans le noir on est aveugle. Handicapé, on développe nos autres sens. Nos pouvoirs aussi. La vue est décisivement handicapante. Elle nous empêchait de sentir, d’écouter, de progresser. Et actuellement, que n’aurais-je pas donné pour sentir sa chaleur corporelle ? Ce n’était plus un inconnu maintenant. Il m’était familier. Il ne m’était jamais apparu comme un inconnu finalement. Depuis le premier regard, sans nous connaitre, j’avais eu ce sentiment de liberté, d’intimité. J’essayais alors d’être rationnelle. Peut-être qu’après avoir vu quelqu’un triste, on se sentait proche. Qu’on se sentait ... Qu’est-ce que je raconte ? Des gens tristes j’en ai vu, chantait le corbeau sur mon cou, caché par mes boucles d’or, et je ne me sentais pas proche. Ni même empathique. Non il y avait quelque chose en moins. En plus. Il y avait quelque chose. Quelque chose d’agréable, une illusion de bonheur, rien qu’un fragment de réalité, à peine entière. Alors je fis sans doute la connerie de ma vie. Je ne regretterais pas au final. Mais ça je ne le savais pas, guidée par mon instinct.
Mes lèvres touchèrent délicatement les siennes. Une étreinte de nos lèvres d’à peine une fraction de seconde, un baiser volé, suspendu au bout de ma chair. J’entendais presque ma mère. Ce n’est pas bien de céder à la tentation. C’est un pécher capital ça, ma fille ! Je souris sur cette pensée réconfortante. J’avais toujours aimé contredire ma mère, sans prendre le temps de culpabiliser.
Deux inconnus sur les cendres d’un feu destructeur. Je n’avais pas honte et si mes joues rosissaient, c’était de bonheur.
Le bonheur d’être dans le noir pour pouvoir m’adonner à mes désirs. La lumière de demain effacerait les étoiles et mes erreurs. Ainsi je glissais ma main sur son cou, sur le haut de sa clavicule, d’abord pour reposer ma main et puis sa joue. Je plongeais mon regard dans ses yeux invisible à la pénombre. Je ne voyais désormais plus que ses traits mais je redessinais chacune de ses ombres dans mon esprit, sentant son souffle contre ma joue.

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MessageSujet: Re: "La musique creuse le ciel" Pv. Jeu 7 Fév - 22:43


Une valse à mille temps
Offre seule aux amants
Trois cent trente-trois fois l´temps
De bâtir un roman...



« Il n’y a rien de calme dans le noir. »

Suspension. Ses doigts grimpent sur la peau, curieux, un peu tremblants. Elle dessine le creux de son cou pour se loger sur sa joue, et s’arrête, là. Liam ferme doucement les yeux. Il sourit. Ses lèvres s’étirent, il n’aurait pas su dire pourquoi. Une vague de froid ondule dans sa nuque et le long de son échine. Ses cils se soulèvent, en réponse calme à ce frisson.
Quand un autre reparaît. La surprise laisse accélérer la circulation de son sang dans ses veines ; il sent ses lèvres accrocher les siennes. Une caresse furtive, tant qu’elle s’est déjà échappée.
Alors il la regarde, sourire, creuser son visage de deux fossettes enfantines. Il la regarde sous ce ciel d’encre illuminé d’étoiles, devenir spectre aux yeux du monde comme tout autre être humain sortant sur des décombres à l’éveil de la nuit.

Liam frémit. De dedans. Quelque chose se passe, quelque chose trépigne et voudrait l’embrasser encore. Pas comme il embrasserait n’importe qui par besoin sensuellement égoïste, pour séduire et obtenir un droit temporaire sur son corps. Ce n’était pas cette approche sans suite, passionnellement différente.
Il hésite, il voudrait jouer, mais la nuit est plus propice à la sincérité, n’est-ce-pas ? Elle dévoile le vrai des choses, ou tout au moins le suggère. Son murmure incite à la douceur tant qu’au meurtre ; encore une contradiction. La vie est peuplée de polarités, de contraires qui s’accordent en une seule chose, d’équilibres si différents enlacés les uns dans les autres.
Le forain, après sa seconde de réflexion, vient loger une main sur la hanche de la blonde. Ses doigts se serrent doucement sur les vêtements, comme pour la retenir là. Pour l’empêcher de partir, par un geste futile qu’elle déferait en un mouvement, en un pas, si elle le voulait.
Sa seconde main rejoint la sienne, en un contact léger, une suggestion, comme une invitation dirigée. Ses doigts frôlent sa peau, élevant sa main au niveau de leurs visages, paume contre paume.

Et lentement, dans un équilibre incertain, il impulse un mouvement, la faisant reculer pour amorcer le pas d’une valse. Ses pieds soulèvent les cendres, et il susurre, tout bas, ses lèvres venant tout près de son oreille, son visage doucement plaqué contre la tempe de la blonde.

_Au premier temps de la valse…

Liam ne savait pas vraiment pourquoi, ni comment ils s’étaient retrouvés là. A danser dans un décor si fantomatique… Il trouvait ça beau. Il trouvait ça poétique. Il s’imprègne pleinement de cette atmosphère, de ce corps sans chaleur à quelques souffles d’air du sien.

_Toute seule, tu souris déjà…

Chaque mot était articulé, de son ton de voix brisé à l’accent français parfait. Une rythmique aurait été de trop, puisque celle-ci était inexistante ; les mots fredonnés sur une partition remantibulée, révisée, revue, la sienne. Sa vision de ses mots, de ce bal musette aux airs poussiéreux.
Liam n’aurait sans doute jamais échangé ce moment pour nul autre. Son regard perdu dans le ciel noir dont on ne distinguait pas la fin, il sentait la terre friable dégager d’épais nuages sous leurs pas.

_Au premier temps de la valse, je suis seul, mais je t’aperçois… Et Paris qui bat la mesure… Paris qui mesure notre émoi…

Liam lève un peu sa main et fait tourner la blonde sous son bras, sans que la seconde ne quitte son corps, effleurant sa taille. Il lui sourit, ayant reprit un peu de distance, pour planter son regard dans le sien, et reprit, d’un air taquin. Joueur. Enjôleur. Ensorceleur.

_Et Paris qui bat la mesure, me murmure, murmure tout bas…

Et il enchaîna les pas, et les pirouettes, et les mots, impeccablement. Dans une lenteur langoureuse, accompagnée d’un sentiment de flottement intérieur. Rien n’avait plus d’importance, rien, il n’y avait qu’eux sur cette parcelle de terre brûlée, entre ces chevaux de bois et ces étals calcinés, sous ce ciel de rien et ces nuages où il semblait que la braise brûlait encore.
Les paroles fuyaient dans sa bouche à une cadence plus accélérée, ivre, il souriait, et emportait la blonde avec lui, parcourant la foire désertée, ruinée. Et au dernier refrain, sur les dernières notes fredonnées, il s’arrêta. Sa main quitta sa hanche, il recula d’un pas, reprenant son souffle. Puis le forain se pencha, légèrement, sans quitter la blonde des yeux, et vint poser un baiser à l’endos de sa main avant de la lâcher.

Dans la continuité de son geste il se redressa et se retourna, son long manteau balayant la poussière. Il revint vers la boîte à musique qu’il calla sous son bras, une roue défaite pendant à l’un de ses doigts alors que les carillons tintaient à l’intérieur.
Avant de prolonger sa route, Liam se tourna. Il fallait qu’il la regarde encore, qu’il encre cette danse lunaire jusqu’au fond de lui. Ses yeux, cherchant les siens malgré la pénombre, semblaient tout dire. « On se reverra. Encore. Bientôt. J’t’en prie. Je dois fuir, c’est bien trop, tout ça. Mais reviens-moi. »

Le soleil se lèverait bientôt. La Nuit avait déjà passé… Et ces braises, dans les nuages, n’étaient autres que les premiers éclats rouges du jour.
Le brun, fredonnant, abandonna la foire, et une bien grande part de son être à ce qui flânait en son centre. Mardy.


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"La musique creuse le ciel" Pv.

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